Le Seder de Pessah

LE REPAS TRADITIONNEL DE LA PÂQUE

La Pâque est l’une des trois grandes fêtes d’Israël à l’époque biblique. La fête de la Pâque est la première des regalim (pélerinages à pied). Elle se célèbre le quatorzième jour du mois de Nissan, le premier mois (Exode 12 v 1-20).

Le nom de Pessah vient du verbe Passah (passer par dessus/au dessus). Ailleurs, elle est aussi nommée fête des pains sans levain, car la commémoration de la nuit de la sortie d’Egypte est suivie d’une fête de 7 jours (Exode 13 v 4-10) au cours desquels aucune trace de levain ne doit rester dans les demeures des Israélites.

Ces pains sans levain évoquent la pâte que les Israélites emportèrent d’Egypte avant qu’elle ait eu le temps de lever, pressés qu’ils étaient par les Egyptiens de quitter le pays (Exode 12 v 34). Ils évoquent aussi la promesse de jouir d’une nouvelle année de récoltes car, le lendemain de Pâque, on commence à compter l’omer, période de 50 jours au cours desquels s’effectue la moisson des blés et des orges qui se termine le cinquantième jour qui suit la Pâque, par la fête de Pentecôte ou fête des Moissons.

COMMENT CÉLÉBRAIT-ON LA PÂQUE A L’ÉPOQUE DE L’ANCIEN TESTAMENT ?

Le dixième jour du premier mois, un agneau mâle d’un an sans défaut était séparé du reste du troupeau et sanctifié (mis à part) pour l’Éternel, c’était l’agneau de Dieu (auquel Jean-Baptiste fera référence beaucoup plus tard). Cet agneau était gardé trois jours. Puis il était immolé, sa chair était mangée debout, à la hâte, par des convives parés comme pour un voyage, avec des pains sans levain et des herbes amères.

Au cours du repas, le récit de la sortie d’Egypte était raconté par le père de famille à la demande du benjamin. Il semble que, primitivement, le père de famille improvisait librement d’après ses souvenirs ou ceux de ses pères, puis, petit à petit, ce récit se codifia sous forme poétique. Nous aurions là l’origine de psaumes tels que les psaumes 105, 106, 136, etc. qui portent dans la liturgie hébraïque le nom de Hallel mitsri ou louanges égyptiennes.

Cette antique haggada (récit traditionnel) est à l’origine des nombreuses haggadoth codifiées minutieusement dès l’époque du second temple et qui sont parvenues jusqu’à nous.

COMMENT CÉLÉBRAIT-ON LA PÂQUE APRÈS LA DESTRUCTION DU TEMPLE ?

Le temple étant détruit et, avec lui, la possibilité d’offrir des sacrifices, l’agneau de Dieu n’est plus immolé. Le rituel de la Pâque commence donc le soir qui précède le seder (veille de la Pâque) par la cérémonie du bdikat hometz ou recherche du levain.

Les jours qui ont précédé la Pâque ont vu la maîtresse de maison faire disparaître le vieux levain de sa demeure. Mais c’est le mari qui, la veille de la cérémonie de la Pâque, doit s’assurer à la lueur d’un petit cierge, que toute trace de levain a bien disparu de la maison.

LA TABLE DU SEDER

Le père de famille prend place au centre de la table (face au plat). A sa droite la mère, puis les enfants par ordre décroissant d’âge, de sorte que le plus jeune enfant, situé à la gauche du père, pourra se pencher vers lui pour lui poser les questions traditionnelles. Sur la table sont disposées les coupes de vin :

Quatre coupes de vin (Arba kossot) exprimant quatre étapes d’Israël dans son histoire douloureuse vers son Messie. Les 3 premières exprimées dans le livre de Shemot : « « C’est pourquoi , dis aux enfants d’Israel que je suis D.ieu et que je vais vous soustraire des souffrances de l’Egypte, je vous sauverai de leur joug et je vous delivrerai d’un bras etendu par d’impressionnants miracles. Je vous prendrai pour mon peuple, je serai votre Dieu »» (Exode 6:6-7)

La cinquième est dite coupe du prophète Elie ou coupe messianique, il n’est pas permis d’y toucher pendant la durée du repas. En effet, selon la tradition tirée du prophète Malachie, l’annonce de la venue du Messie doit être effectuée par le prophète Elie, le soir du seder. C’est pourquoi, chaque famille juive prépare à l’intention du prophète une coupe spéciale, dite aussi pour cette raison coupe messianique à laquelle nul ne touche jusqu’à ce que le Messie soit venu.  « Voici, Je vous enverrai Elie, le prophète, avant qu’arrive le jour de Hachem, jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères à leurs enfants, et le cœur des enfants à leurs pères, de peur que Je n’intervienne et ne frappe ce pays d’anathème » (Malachie 3:23-24) .

Les quatres premières coupes vont être bues pendant le repas, la quatrième le sera une fois celui-ci terminé: c’est la coupe des délivrances, symbole de la liberté retrouvée. A côté des coupes, on trouve le plat qui comprend les ingrédients suivants :

3 matsoth (pains sans levain) superposés et séparés les uns des autres par un linge blanc.
Karpas : les herbes vertes (persil, radis, etc.).
Un petit vase d’eau salée.
Maror : les herbes amères.
Haroset : un mélange fait avec des pommes, des noix, de la cannelle délayées dans du vin.
Zaroah : un os avec de la viande adhérente.
Beitsa : l’oeuf

1ère coupe de vin : Délivrance de l’esclavage de l’Egypte
2ème coupe de vin: Délivrance du joug Egyptien
3èmecoupe de vin: Délivrance avec de grands miracles.
4ème coupe de vin: Adoption par Dieu.
5ème coupe de vin: Coupe d’Elie (que les Chrétiens ne doivent plus avoir car Le Messie est déjà venue)

DÉROULEMENT DU SEDER

Après que les convives se soient mis à table, on récite la prière de bénédiction, puis on met de côté la cinquième coupe dite coupe d’Élie. Le seder proprement dit peut alors débuter : celui qui préside se lave les mains, puis les symboles déposés sur la table sont expliqués.
Les trois Matsoth a l’époque du Nouveau Testament, on ignorait la signification exacte des trois pains.

Les herbes vertes représentent les productions du pays de Canaan vers lequel les Israélites se dirigeaient.
Le vase d’eau salée, c’est la Mer Rouge qu’ont traversée à pied sec les Israélites.
Les herbes amères représentent l’amertume de l’esclavage de l’Égypte.
Le Haroset symbolise le ciment et le mortier dont les Israélites faisaient des briques pour le compte de Pharaon.
Enfin, l’oeuf dur est un symbole de deuil car, même à l’occasion des plus grandes réjouissances, il ne faut pas oublier Jérusalem détruite et le temple dévasté.

On bénit alors l’assistance en promenant en rond le plat du seder, puis on mange le persil. Cela fait, le père de famille fend en deux la matsa centrale aussi nommée afikoman, il remet la plus petite partie à sa place dans le plat entre les deux serviettes, puis il prend l’autre morceau (le véritable afikoman), l’enveloppe dans une serviette blanche, la charge sur son épaule comme s’il portait un lourd fardeau et va cacher l’afikoman sous un coussin.
Sur une question du plus jeune des enfants, on fait alors le récit traditionnel de la sortie d’Égypte selon la Haggada. Puis le chef de famille rompt la matsa supérieure et la mange avec un morceau de la matsa intermédiaire. Tous les assistants font de même. Puis on mange les herbes amères.
Vient alors le repas proprement dit, au cours duquel on boit les première, deuxième et troisième coupes de vin. Celui-ci terminé, le père de famille ressort l’afikoman caché sous les coussins, le brise et en distribue à tous les assistants.
On récite alors les bénédictions et les psaumes du Hallel tout en buvant la quatrième coupe appelée de ce fait coupe de bénédictions (Psaumes 113, 118), c’est le grand Hallel mitsri dont nous avons parlé plus haut.

COMMENT JÉSUS A-T-IL CÉLÉBRÉ LA DERNIÈRE PÂQUE ?

C’est à peu de choses près, la façon dont on célébrait la fête à l’époque de Jésus. Cependant, à cette époque, un certain nombre de symboles n’avaient pas reçu d’explication. Jésus est celui qui a donné une explication à ces actes.
Signalons tout d’abord l’interprétation donnée par Jean-Baptiste à l’oeuvre de Jésus au commencement de son ministère, lorsqu’il le désigna comme l’agneau de Dieu, allusion à l’agneau pascal sanctifié pour Dieu pendant trois jours avant d’être immolé. Jésus, par son baptême, avait été « mis à part » en vue de ce sacrifice qu’il devait accomplir, environ trois ans plus tard.

Le bdikat hometz (recherche du levain) est à rapprocher de 1 Corinthiens 5 v 6 : Christ notre Pâque (=agneau pascal) a été immolé, il faut donc que le croyant fasse disparaître le vieux levain pour célébrer la fête et avoir part à la gloire. Le levain est ici le symbole du péché dont le croyant doit se séparer pour s’approcher de Dieu.
On retrouve cette même pensée dans l’acte accompli par Jésus la veille de la Pâque, selon ce que nous rapporte Jean 13, qui nous montre Jésus lavant les pieds de ses disciples afin qu’ils soient prêts à recevoir le pardon de Dieu en apprenant eux-mêmes à pardonner. Il semble que, pour Jésus, cette cérémonie ait remplacé celle de la recherche du levain, comme s’il voulait montrer que l’important est l’extraction du levain du péché, de la racine des mauvais sentiments dans les coeurs, plus que l’extraction du levain dans les maisons.
Paul dans 1 Corinthiens 11 v 27-29 se fera l’écho de cette vue et exhortera les participants à la table du Seigneur à s’examiner eux-mêmes, à se juger avant de manger le pain et boire la coupe (voir aussi Matthieu 5 v 23-24).

Un autre symbole, c’est le rapprochement que fait Jésus entre la fête des pains sans levain et l’annonce de la nouvelle alliance en son sang. La disparition du vieux levain montrait que plus rien de l’année qui venait de s’achever ne devait subsister. C’était pour les Israélites une vie entièrement nouvelle qui commençait avec l’année nouvelle qui s’ouvrait devant eux. De la même façon, le disciple de Jésus qui a été régénéré par le sang de l’agneau ne doit plus rien garder de sa vie ancienne, c’est une vie entièrement nouvelle qui commence alors sous le signe d’une nouvelle alliance; à lui de faire disparaître tout ce qui peut rappeler sa vie ancienne de péché.

Arrivons maintenant au repas proprement dit.
Sur l’ordre des conviés autour de la table, l’Évangile de Jean nous donne quelques indications intéressantes (Jean 13): Jean, le plus jeune des disciples, était couché sur la poitrine de Jésus dans la position du benjamin de la famille lorsqu’il demandait au père en quoi cette nuit différait de toutes les autres nuits. Il se trouvait donc auprès de Jésus et l’ordre traditionnel du seder était respecté, le plus âgé des disciples se trouvant à la droite de Jésus qui jouait le rôle du père de famille, tandis que le plus jeune (Jean) se trouvait à sa gauche.
Mais Jésus, dans le déroulement de la cérémonie, allait s’éloigner de la liturgie traditionnelle pour en montrer l’actualisation prophétique en sa personne :

Premièrement, Jésus, au début du repas (selon ce que nous rapporte uniquement Luc), va prendre la coupe; cette fameuse coupe messianique, la coupe réservée au prophète Elie venu annoncer la venue du Messie. Il va en boire et la faire passer parmi ses disciples (Luc 22 v 18); c’est celle-là même à laquelle aucun convive ne devait toucher jusqu’à ce que vienne le prophète, « car, leur dit Jésus, je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume des cieux soit venu ». Selon la tradition relative à cette coupe, le jour où on en boirait, c’est que le Messie serait à la porte. Boire cette coupe, c’était donc annoncer l’accomplissement de l’espérance d’Israël et l’imminence du Royaume Messianique (Paul rappelle que la Sainte-Cène comprend cette même annonce Messianique, « car lorsque vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur JUSQU’À CE QU’IL VIENNE « ).
Deuxièmement, Il se déclare lui-même comme le Messie, car Il a osé ordonner que l’on boive à cette coupe et enfin, Il confirme qu’Elie est bien venu annoncer l’avènement du Messie et qu’il est inutile de l’attendre encore (Malachie 4 et 5, Matthieu 17 v 10-12).

SIGNIFICATION PROPHÉTIQUE DES TROIS PAINS

Dans le récit de Luc, il est alors question du plat. Ce plat contenait-il les mêmes ingrédients que de nos jours? L’œuf, symbole de la destruction du temple, devait manquer, ainsi que l’os remplaçant l’agneau de la Pâque proprement dit.
Mais ce qui ne différait pas, c’était la présence des trois pains. Le récit de Luc le mentionne. La tradition juive veut qu’avant le repas, on fende la matsa centrale ou afikoman. Luc rappelle qu’avant le repas, Jésus prend du pain. Il s’agit donc ici de cet afikoman, ou matsa centrale, que Jésus fend selon la tradition; il est vraisemblable qu’il cache le morceau le plus gros sous un coussin après l’avoir préalablement enveloppé d’un linge blanc. Il déclare : « Ceci est mon corps qui est brisé pour vous, faites ceci en mémoire de moi ».
Ainsi Jésus déclare que cet afikoman le représente lui-même, le Fils de Dieu. Il est alors possible de comprendre le symbole prophétique, obscur jusqu’ici, de la superposition des trois matsoth :

La matsa supérieure représente le Père céleste, le plus élevé en gloire et en puissance.
La matsa centrale représente le Fils « livré pour nos iniquités » et qui devient l’afikoman, c’est-à-dire en grec « je suis venu », nom mystérieux donné jusqu’alors à cette matsa et dont l’origine ne peut être comprise qu’en Jésus. Il s’agit là d’un symbole messianique, mais en Jésus tout s’ éclaire.
Quant au Saint-Esprit, il est représenté par la troisième matsa. Il est en troisième position, car il procède du Père et du Fils.
On comprend alors aussi le pourquoi des gestes traditionnels du seder : l’oeuvre de la rédemption de l’esclavage du péché, et non plus de l’esclavage de l’Égypte, commence par la mort de Jésus dont le corps est brisé comme l’est l’afikoman au début du seder. Le geste d’envelopper l’afikoman ainsi brisé dans un linge blanc, puis de l’enfouir dans les coussins jusqu’à la fin du repas, symbolise l’ensevelissement de Jésus et sa mise au tombeau précédant sa résurrection.

Lorsque le père de famille, le repas terminé, ressort l’afikoman dissimulé jusqu’ici sous des coussins, c’est la résurrection de Jésus qu’il annonce. Ainsi tout était annoncé d’avance. Le repas terminé, on récite, comme nous l’avons vu, le Hallel (Jean nous rappelle ce détail avant que Jésus ne se rende au jardin de Gethsémané) et là, Luc mentionne une deuxième coupe. A la lumière de ce que nous avons vu, cette coupe prise après le repas est donc la quatrième, dite coupe des délivrances, celle qui va symboliser son sang, le sang de la nouvelle alliance garant d’une libération totale du péché, coupe de bénédiction selon Paul.

LES AUTRES SYMBOLES ET LEUR SIGNIFICATION

Le dernier acte de la Pâque nous est rapporté par les évangélistes : « après avoir chanté le Hallel, ils se rendirent à la montagne des Oliviers » (Matthieu 26 v 30). Il s’agit ici du grand Hallel, soit la suite des psaumes 113 à 118 qui sont des psaumes de louange.
Dès lors la célébration symbolique de la Pâque est terminée. Jésus sort avec ses disciples pour accomplir la vraie Pâque annoncée par le psaume 118.

RELATIONS ENTRE LA PÂQUE ET LA SAINTE-CENE

Le thème de la Pâque est le centre du culte chrétien dans l’église primitive sous la forme de la Sainte-Cène qui est un seder simplifié (en effet le rituel juif demande, repas compris, une durée de 3 heures environ) à la fois annonce messianique de la délivrance du péché et de la proximité du royaume de Dieu et souvenir du sacrifice de Jésus, mais aussi identification et communion avec le Seigneur ressuscité, véritable Agneau de Dieu qui ôte le péché, certitude de la vie nouvelle dans une alliance nouvelle, celle de la grâce communiquée par le Saint-Esprit de Dieu, et celle de la purification de toutes les oeuvres de la chair comme d’un vieux levain.

« Car Christ notre Pâque a été immolé, célébrons donc la fête non avec du vieux levain de malice et de méchanceté, mais avec les pains sans levain de pureté et de vérité ».

Source : Le repas du Seder par Jean Marc Thobois
Source : Seder de Pessa’h

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