Redescendre de la montagne

Appelons-la Avigaïl : comme des centaines de jeunes Israéliens, après son service militaire, elle était partie en Inde découvrir le vaste monde et surtout chercher «La vérité». Mais contrairement à ses camarades, elle avait enfin trouvé ! Comme eux, elle avait expérimenté les différentes spiritualités, les gourous, les yogis, les régimes végétariens et les rites les plus contraignants. Peu enthousiaste, elle s’apprêtait à retourner, déçue, quand elle entendit parler d’une secte différente qui vivait au fond de la forêt. Il lui fallut plusieurs semaines d’un voyage harassant à travers la jungle mais finalement elle trouva ce groupe et… «La Vérité» ! Cette fois, c’était vrai !

Le gourou était humble et calme mais animé d’une flamme intense remarquable. Le groupe n’acceptait pas facilement de nouveaux membres, l’initiation était rude, la nourriture rare, le confort inexistant mais Avigaïl ressentait qu’enfin sa vie avait un sens et, de semaine en semaine, elle s’élevait à des niveaux spirituels dignes d’éloges de la part de son nouveau mentor.

Finalement, le gourou décida qu’elle était mûre pour accéder au niveau suprême : elle pouvait devenir prêtresse ! Le bonheur assuré pour l’éternité, la supériorité spirituelle sur tous les autres êtres humains…
Elle avait néanmoins gardé le contact avec ses parents à qui elle téléphonait quelques minutes chaque semaine, gardant plus ou moins le silence sur ses véritables expériences en Inde. Mais cette fois-ci, elle ne put contenir sa joie et leur annonça qu’ils pouvaient être fiers d’elle puisqu’elle avait atteint le niveau suprême de spiritualité !
Une prêtresse ! Loin d’être pratiquants, ses parents n’étaient tout de même pas prêts à accepter une telle démarche. Mais leurs protestations restèrent vaines : qu’avaient-ils d’autre à lui proposer ? L’argent ? Une carrière ? Le mariage ? La vie de famille ? A quoi bon, elle avait trouvé la vérité et rien ne l’empêcherait plus d’être enfin heureuse.
Mais justement à ce moment, ses parents lui annoncèrent que sa grand-mère adorée venait de décéder. Peinée, elle décida de reprendre le premier avion pour assister aux funérailles en se promettant de rentrer «à la maison» en Inde le plus rapidement possible. Ses parents étaient décidés à lui faire changer d’avis. Ils supplièrent des rabbins, des professeurs et des psychologues de s’occuper d’elle mais ils avaient sous-estimé sa détermination. Le Chabbat après-midi, son père insista pour qu’elle l’accompagne à un cours donné par Rav Meir Halperin, l’émissaire du Rabbi dans leur synagogue de ‘Holon. Celui-ci expliquait justement que l’obligation de rendre un objet à son propriétaire semblait logique mais, comme le précisait le Rabbi de Loubavitch – c’était surtout et même essentiellement un commandement de D.ieu qui devait être accompli comme toutes les autres Mitsvot et non uniquement par bonté d’âme. Avigaïl explosa : «Et pourquoi pas accomplir le bien parce qu’on le ressent comme tel ? Tout le monde sait qu’il est normal de rendre un objet perdu, ce n’est que justice ! Peut-être votre D.ieu se permet de vous donner des commandements aussi évidents mais pas le mien qui est pure spiritualité, en harmonie totale avec la nature… !» Le rabbin lui répondit poliment, ils discutèrent un peu après le cours, il insistait sur le fait que l’homme sans Torah peut devenir pire qu’un animal mais elle ne pensait qu’à son gourou et refusait son raisonnement.
Le lendemain, elle reprenait l’avion. Dès son arrivée, l’initiation reprit : il s’agissait maintenant de gravir avec le gourou et ses assistants une haute montagne, de laisser le monde profane en bas et de s’élever vers la sainteté. Le paysage était sublime, le but allait enfin être atteint ! Environ une heure avant l’arrivée au sommet, le gourou remarqua un objet sur le sol. Il se pencha, le ramassa : c’était un porte-monnaie sans doute perdu par un des randonneurs de la cordée précédente. Le gourou le fourra dans sa poche. Avigaïl avait remarqué l’incident et suggéra au gourou de vérifier s’il y avait peut-être des signes d’identification du propriétaire dans le porte-monnaie.
– Non ! répondit calmement le gourou du haut de ses connaissances : ma divinité me l’a donné pour des raisons à elle seule connues et je l‘accepte !
Avigaïl était choquée : les mots de Rav Halperin résonnaient dans sa tête : sans Torah, l’homme peut se comporter comme un animal, sans conscience du bien et du mal…
Quand ils arrivèrent au sommet, le gourou demanda au groupe qui était prêt à s’engager au service de sa divinité : tous répondirent oui avec enthousiasme… Sauf Avigaïl qui entreprit immédiatement de redescendre de la montagne.
Elle prit le premier avion possible pour quitter immédiatement cet environnement d’idolâtrie, d’impureté et de mensonges. Elle se plongea cette fois dans l’étude approfondie du judaïsme et fonda un foyer durablement attaché à ses valeurs et traditions millénaires.
De fait, le gourou avait eu raison sur un point : D.ieu a des raisons et des plans connus de Lui seul et nul ne peut les prévoir…

Rav Tuvia Bolton – ohrtmimim.org/torah
Traduit par Feiga Lubecki

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